Changer son mode de vie ? Oui mais…

En novembre 2022, le CREDOC a publié une étude auprès de résidents français, âgés de 15 ou plus, mettant en avant leur rapport aux enjeux environnementaux et l’adaptation de leur mode de vie en lien avec ces mêmes enjeux1. Il y est intéressant d’y constater le décalage de perception entre la réalité des impacts environnementaux, la perception que l’on a de ceux-ci, et les efforts que l’on est prêt à concéder pour les minimiser. Le rapport indique ainsi qu’en 2021 40% des français pensent que la réduction des déchets est efficace pour protéger l’environnement au niveau individuel, devant la réduction de la consommation d’énergie (38%), et reléguant le fait de moins utiliser sa voiture au 6e rang (13%). Ce constat pose plusieurs questions.

Premièrement, ce que revêt le terme d’environnement, parfois fourre-tout d’un langage avide de mots vides. Parle-t-on pollution de l’air, pollution de l’eau, épuisements des ressources, émissions de gaz à effets de serre, chute de la biodiversité, acidification des océans ? Il est probable que chacun n’y voit qu’un aspect d’un ensemble plus vaste, souvent biaisé par la présence visuelle et médiatique d’un sujet en particulier plutôt qu’un autre et de sa proximité au quotidien : nous avons plus conscience du nombre de poubelles que nous sortons chaque semaine ou chaque mois que de l’impact du réchauffement de quelques dixièmes de degrés des océans sur la faune et la flore marine.

Par ailleurs, sans minimiser l’impact de la production de déchets, corrélée à une société de consommation de plus en plus frénétique, on peut s’étonner du rang octroyé à l’utilisation de sa voiture, quand le bilan carbone moyen d’un français la place comme un facteur déterminant du poids de celui-ci : pour rappel il est en moyenne de 8 à 10 T eqCO2/personne.an selon les sources d’études, le transport y contribuant à hauteur de 25%, pour majorité du fait des kilomètres parcourus en voiture à moteur thermique (pour respecter l’Accord de Paris, et donc limiter le réchauffement climatique à +1,5°C, chaque Français devra émettre au max 2 tonnes de CO2 par an en 2050). Certes, c’est ne regarder alors que le critère de contribution à l’émission de gaz à effet de serre, mais c’est probablement révélateur d’un manque d’information sur le poids de ce poste auprès des citoyens.

De même pour l’alimentation, qui pèse pour 23% dans le bilan carbone moyen des Français. Ce poste est pourtant tout bonnement absent de l’enquête du CREDOC, cela étant peut être révélateur d’une barrière culturelle forte à l’évolution des usages culinaires et gastronomiques, pourtant levier indispensable à une société décarbonée.

Enfin, ce qui peut être frappant, c’est que 86% des Français majeurs, interrogés par une autre enquête menée par l’ADEME2 estiment comprendre ce qui contribue à augmenter ou à diminuer son empreinte carbone.

Il reste donc encore beaucoup de travail de pédagogie pour expliciter les liens de causes à conséquences du changement climatique et des autres modifications environnementales (biodiversité, ressources, épidémies), et de travail de projection pour donner à voir des futurs souhaitables et atteignables, moteurs des changements individuels et collectifs.

1. CREDOC – Rapport d’étude – « Quelles actions à mettre en place par les collectivités territoriales pour favoriser la transition écologique avec le soutien des citoyens ? » – Novembre 2022 file:///C:/Users/Utilisateur/Downloads/Sou2022-4852-1.pdf

2. ADEME – Opinion Way – Nos Gestes Climat – « Enquête Empreinte Carbone auprès d’un échantillon représentatif de la population française » – Juillet 2023 https://librairie.ademe.fr/changement-climatique-et-energie/6486-enquete-empreinte-carbone-aupres-d-un-echantillon-representatif-de-la-population-francaise.html