Des injonctions descendantes à l’accompagnement au changement

On a tous en tête l’injonction gouvernementale de l’hiver 2022/2023 à ne pas chauffer son intérieur à plus de 19°C, clamée par des responsables politiques ayant troqué leurs élégantes cravates par des cols roulés de circonstance. Cet épisode a pu alors soulevé d’intenses débats, à la maison, au travail, sur un sujet, qui jusqu’alors relevait du cercle de l’intimité et vient se percuter à des enjeux sociétaux et énergétique bien plus vastes. La perception du confort est en effet propre à chacun, relève de son métabolisme personnel, et de l’environnement dans lequel on habite, travaille, vit. Dès lors, comment concilier une injonction à ne pas chauffer au-delà d’un certain seuil quand ces injustices physiques viennent créer des disparités fortes de pouvoir d’agir et de confort, et donc de bien être et d’épanouissement personnel.

Dans cet article publié sur le site de Cairn, site de référence pour les articles de sciences humaines et sociales, la sociologue Elsa Lagier expose les enseignements tirés d’une mission réalisée auprès d’un bailleur social, initialement basée sur une demande très fermée visant à faire accepter et adhérer des locataires à la réduction des consommations d’énergie via une baisse de la température de chauffage (de 22/23°C à 19°C). L’étude sociologique commandée a pu en cours de route être réorientée pour interroger « les facteurs qui influencent les pratiques de régulation », et finalement déplacer l’intention initiale de faire changer les pratiques des locataires vers des préconisations liés à l’organisation du travail et vers un accompagnement au changement des partenaires impliqués dans la question énergétique des immeubles. Une mise en exergue de la nécessaire prise de recul pour cerner les problématiques liées aux questions de chauffage, de confort et d’usages énergétiques.

Lien vers l’article : https://www.cairn.info/revue-sociologies-pratiques-2018-1-page-95.htm?contenu=article