Des acteurs de la transition écologique et sociétale en quête de sens
La transition énergétique et écologique est aujourd’hui opérée au travers de la mise en place de normes, politiques publiques, évolution des techniques et modification des usages. Ces changements sont aujourd’hui clairement tangibles dans la société, mais il persiste des lacunes quant à l’appropriation de ces changements par l’ensemble des individus constituant la société, et quant à leur pérennité dans le temps. Il peut s’agir notamment de dissonance entre l’assimilation des enjeux, objectifs et actions théoriques à mettre en œuvre pour atteindre ces objectifs et l’acte concret engagé par l’individu à sa propre échelle.
Des exemples sont notamment cités en ce qui concerne la construction de bâtiments introduits comme performants mais où les usages ne collent pas aux scénarios anticipés lors de la conception : non-adéquation des critères de confort, non-compréhension des outils techniques, absence de pédagogie sur la responsabilisation des individus dans leurs comportements, etc.. Apparaissent ainsi des arbitrages, à l’échelle individuelle ou d’un groupe, mettant en péril la performance énergétique ou environnementale desdits bâtiments.
Le sujet spécifique de l’énergie a cela de particulier qu’il traite d’une grandeur invisible (contrairement à d’autres thèmes environnementaux tels que les déchets par exemple). La problématique de transition énergétique est donc plus difficile à rendre tangible, concrète et le sens donné aux changements souhaités peut alors apparaître comme lointain et peu à même de soulever une mobilisation volontaire.
À ce constat s’ajoute une tendance actuelle au catastrophisme pouvant amener à une logique de coercition en dépit d’une logique d’accompagnement ou d’incitation.
Dès lors, des questions peuvent se poser sur la stratégie à adopter pour objectiver les changements attendus.
Pour une sociologie de la transition
Le questionnement qu’amène le décalage entre théorie et pratique implique nécessairement de s’intéresser aux comportements des usagers et plus encore aux raisons qui poussent à ces comportements.
Les expérimentations et retours d’expériences en sciences sociales (psychologie, sociologie, psychosociologie, économie, anthropologie, etc.) apportent des éclairages sur les comportements humains dans des situations données. Ces sciences dites “molles” sont appuyées par des avancées en neurosciences, complétant les connaissances sur le fonctionnement du cerveau et ses capacités cognitives. Ces études mettent en exergue des biais dans la rationalité de certaines actions (biais moraux, cognitifs, émotionnels) mais aussi l’influence d’outils sur le pouvoir d’agir individuel (incitations financières, incitations comportementales engageantes, campagnes de sensibilisation, dispositifs de retour d’informations type “feedback”, nudges, etc.).
La perspective de transition énergétique et sociétale qui demande à changer les comportements et à faire évoluer les pratiques sociales trouve une part de sa stratégie dans des outils de marketing et de communication, issus de ces sciences sociales.
Toutefois, cette démarche ne revêt pas de caractère lucratif, ni d’objectif d’enrichissement en poussant à un achat ou une dépense financière supplémentaire, mais s’attache à rendre les comportements plus “responsables” pour le bien de tous et pas seulement d’un seul. L’intérêt se veut commun et collectif, et il se doit d’être d’utilité écologique et sociale. L’usager retrouve ainsi un rôle dans la transition énergétique et sociétale en développant son pouvoir d’agir à l’échelle individuelle pour une cause commune.
Le terme de transition n’est pas anodin puisqu’il porte en lui la notion de changement de grande ampleur sans engendrer de modification violente et brutale, de fait souvent mal acceptée. Attribuer une telle dimension à l’enjeu implique de lui donner une contenance pédagogique, la quête de sens étant un élément de plus en plus déterminant des comportements sociétaux contemporains. Il implique également de considérer l’importance de l’individualité dans le groupe tout en reconstruisant des pratiques collectives, afin de fédérer une adhésion.
La stratégie est donc d’agir sur les leviers sociologiques, pédagogiques, psychologiques dans des échelles individuelles et collectives pour faire accepter les modifications d’usage, techniques, ou organisationnelles.





